Notre perte en Christ

 

   Nombreux sont ceux qui ont parlé des grandes bénédictions que nous recevons en Christ (Éph 1:3-14) ; mais qu’en est-il de nos pertes en Christ ?

 

   Paul déclare en Philippiens 3:7-9a : « Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte à cause du Christ. Bien plus, je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, pour lequel j’ai consenti à la perte de toutes choses ; et je les tiens pour de la balayure, afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui… »

 

   Si vous avez perdu certaines choses après avoir suivi Dieu avec obéissance, ne croyez pas que votre cas soit unique : interrogez donc Job ! Mais si vous aviez demandé à Job ce qu’il avait reçu en échange, il vous aurait répondu qu’il n’en avait aucune idée, du moins jusqu’à la fin de son livre. Or nous ne sommes pas encore parvenus à la fin du nôtre.

 

La perte de nos aptitudes

 

   À mesure que nous croissons en Christ, nous gagnons en piété et en bénédictions spirituelles ; mais nous perdons également certaines choses. Ainsi, avant de venir au Christ, peut-être étiez-vous un fameux buveur, un menteur « incroyablement crédible », un pirate informatique chevronné ou encore un voleur habile. En croissant en Christ et en renonçant à de telles pratiques, vous perdez la main. Vous perdez l’art de vous faire croire lorsque vous mentez ou que vous trompez, et vous perdez le plaisir que procurait le péché, mesurant à quel point vos paroles et vos actes sont honteux et déshonorent Dieu.

 

   Vous ne serez plus aussi « doué » pour faire le mal. Êtes-vous prêt à perdre cela ? Si vous tenez à conserver votre capacité de mal faire, « au cas où », c’est que vous n’êtes pas un disciple pleinement engagé, entièrement livré au Christ.

 

   À mesure que nous gagnons et croissons en Christ, notre homme naturel doit décroître et perdre du terrain. Il s’agira parfois de nous défaire de traits indésirables de notre caractère. Il s’agira parfois de jeter les moyens et les instruments qui nous sont « si utiles » dans le péché. Si nous les jetons hors de notre maison, ce n’est pas seulement parce que nous savons que Dieu le veut : c’est aussi parce que nous le voulons nous-mêmes. Avec un curieux mélange de dégoût et de plaisir, nous sommes dégoûtés de les posséder encore, et nous éprouvons de la joie à les détruire et à demeurer dans la faveur de Dieu.

 

   Il nous arrive de demander à Dieu davantage de bénédictions sans les recevoir. Dieu répond alors : « Non, non, non ; vous en avez déjà bien trop. » Il vous faut perdre les vieilles choses charnelles que vous détenez et venir à Lui, non pas les mains tendues, mais les mains tendues et vides, afin de saisir les bénédictions que Dieu désire tant nous accorder, plus encore que nous ne souhaitons les recevoir.

 

La perte de nos possibilités

 

   La perte en Christ peut consister à réduire nos possibilités. Autrement dit, elle peut consister à accomplir délibérément et volontairement des actes qui restreignent nos « possibilités » de pécher.

 

   Il arrive que de simples dispositions pratiques fassent office d’« attelle » thérapeutique et nous aident à perdre ce dont nous peinons à nous défaire. J’ai ainsi rencontré un frère en Christ qui avait été alcoolique la plus grande partie de sa vie. Il m’a raconté que, lorsqu’il est enfin venu au Christ, ses amis lui ont proposé de les accompagner boire quelques pintes et de s’enivrer avec eux. Il savait qu’il ne plaisait pas à Dieu ; il était pourtant faible et ne parvenait pas à refuser une sortie au pub avec ses camarades. Il a donc cessé de porter sur lui plus d’argent qu’il ne lui en fallait. Lorsqu’ils l’invitaient, c’était à eux de payer, puisqu’il n’avait pas la moindre espèce. Au bout de quelque temps, ces compagnons de beuverie se sont faits plus rares, et son problème s’est trouvé résolu. Il ne s’est plus jamais enivré depuis cette époque, désormais lointaine.

 

La perte de la santé

 

   Mais les aptitudes, les habitudes et les traits de caractère pécheurs ne sont pas les seules choses que nous perdions en Christ. J’ai connu un homme qui a perdu un œil pour le Christ : alors qu’il prêchait l’Évangile en Chine, un communiste lui a lancé une pierre qui l’a rendu aveugle. D’autres ont perdu des membres, leur visage (brûlé à l’acide), voire la vie, pour le Christ.

 

   Lorsque Paul a été roué de coups au point d’être laissé pour mort, l’épreuve n’a certainement pas été bénéfique à ses os, à ses articulations ni à ses muscles. Étrangement pourtant, hormis deux allusions possibles (en Galates 6:17 et en Colossiens 1:24), Paul ne parle jamais des boiteries permanentes, de l’arthrite, des douleurs ou des cicatrices que lui ont values les persécutions endurées pour le Christ.

 

La perte des êtres chers

 

   Ce ne sont pas là de mauvaises choses que l’on perd ; elles nous rappellent cependant que nous ne faisons que passer : notre séjour sur cette terre est temporaire, avant que nous n’allions demeurer éternellement auprès de Dieu.

 

   De plus, dans la vie chrétienne, nous perdons aussi des êtres chers. Il nous arrive de perdre la compagnie ou l’amitié de ceux qui nous entraîneraient vers le mal, loin du Christ ; mais ce n’est pas surtout de cela que je parle. Nous pouvons en effet perdre de bons amis, des proches, des frères et des sœurs bien-aimés en Christ, emportés par la maladie, par un accident ou par l’injustice de crimes violents. Or ces épreuves frappent également les incroyants. Ces rappels très douloureux nous murmurent de ne pas trop nous installer dans ce monde imprégné de péché : citoyens du ciel, notre véritable patrie est ailleurs. Nous n’y sommes pas encore, car Dieu a d’abord une œuvre à nous confier ici-bas.

 

La perte des droits que nous croyions posséder

 

1 Corinthiens 6:19b-20 déclare : « … et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »

 

   Il vous faut vous demander : à qui appartenez-vous ? La prochaine fois que vous aurez le sentiment d’avoir des droits, souvenez-vous : voici les droits que vous ne détenez plus.

vous mettre en colère Jonas 4:8-10, Éph 4:26,31 ; Mt 5:22

la malveillance envers ceux qui, selon vous, la mériteraient. Éph 4:31

refuser de pardonner 2 Tim 3:3 ; Mt 6:12-15 ; 18:21-35

l’orgueil Jc 4:6 ; 2 Tim 3:2 ; Ps 31:23 ; 101:5 ; 138:6

vous dispenser de demander pardon Jc 5:16 ; ~Ac 19:8

l’ingratitude Éph 5:4,20 ; Ph 4:6 ; 1 Th 5:18 ; 2 Tim 3:2

juger autrui Jc 4:11-12 ; Mt 7:1-6

la naïveté Mt 10:16

ne pas aimer les autres 1 Jn 3:17 ; 4:20-21 ; Mt 5:44 ; Col 1:4

 

Attention : taille en perspective

 

   Quelle est la différence entre un simple bloc de marbre et une belle sculpture de marbre ? Aucune, sinon que la sculpture a perdu certaines choses.

 

   Ainsi, Jésus est le cep et nous sommes les sarments. Jean 15:1-2 déclare : « Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, Il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, Il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit. » Dieu ne nous taille pas pour nous rendre plus petits, mais afin que la croissance nous fasse grandir dans les domaines les meilleurs et les plus justes.

 

   Mais que faire si vous avez également subi une mauvaise taille, infligée par le monde ? Laissez alors Jésus retrancher toute cicatrice de ressentiment, d’amertume ou de refus de pardonner, puis croissez de nouveau, en puisant votre sève dans le Vrai Cep qu’est Jésus.

 

Ayez les mains vides

 

   Peut-être Dieu aspire-t-il à remplir vos mains de dons et de bénédictions ; Il en a le pouvoir, et pourtant Il ne le fait pas, malgré tout Son désir. C’est que vos mains sont déjà trop pleines de ce que vous retenez. Vous avez peut-être durement travaillé pour acquérir ces biens, ils ont peut-être de la valeur, et vous craignez de les lâcher.

 

   Mais ce que vous croyez en réalité, c’est que ce que vous avez acquis, fût-ce au prix d’un dur labeur, vaut mieux, a plus de prix ou constitue un placement plus sûr que ce que Dieu pourrait vous donner. Vous croyez que Dieu nous conduit dans une bonne voie. Mais croyez-vous que la voie de Dieu soit la meilleure ?

 

   Offrez à Dieu tout ce que vous possédez. Dieu l’acceptera. Il ne vous rendra jamais certaines de ces choses. Il vous en rendra d’autres pour que vous en fassiez usage. Et il en est qu’Il vous rendra peut-être avec bien plus de puissance, pour Sa gloire.

 

Le Seigneur de tous les temps est-il le Seigneur de votre temps ?

 

   Certains, au seuil de la mort, considèrent le passé avec regret et songent à toutes ces années gaspillées. Dieu attend certes de nous que nous prenions le temps de nous reposer et de goûter la vie. Mais, dans l’ensemble, la manière dont vous avez employé votre temps a-t-elle été agréable à Dieu ?

 

Dieu est-il le maître de votre chéquier ?

 

   La dîme n’était un commandement que dans l’Ancien Testament, mais elle fixe la norme de la générosité dans le Nouveau. 2 Corinthiens 9:6-7 déclare que Dieu aime celui qui donne avec joie.

 

Qu’est-ce qui passe en premier : Dieu ou nos relations ?

 

   Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs (1 Co 15:33). Quiconque est ami du monde n’est pas ami de Dieu (Jc 4:4) ; nous devons pourtant aimer les gens de ce monde. Si vous craignez d’annoncer le Christ à un ami, il vous faut trancher : est-ce l’amitié qui compte le plus à vos yeux, ou bien l’ami ? Vous devez être prêt à perdre votre vie pour la sauver. Mt 16:25 ; Mc 8:35 ; Lc 9:24 ; 17:33

 

En définitive

 

   Le paradoxe est le suivant : lorsque vous venez à Dieu les mains pleines de choses que vous ne Lui offrez pas, votre perte est immense. Vous perdez davantage en vous privant des dons et des bénédictions de Dieu que si vous aviez lâché prise et perdu ce que vous teniez, afin de vous présenter devant Lui les mains vides.

 

Les versets bibliques sont traduits de la New King James Version (NKJV).

 

par Steven M. Morrison, PhD.